Publié dans Vie de maman en construction

Un enfant peut-il vraiment être amoureux ?

Des petits rires, des paroles condescendantes, des soupirs d’agacement…Voilà ce que l’on entend souvent de la part des adultes envers les amours d’enfants. Pourtant…

Des différents sens du mot « amour »

Il y a l’amour fraternel, celui que l’on ressent pour nos proches, pour nos amis…Et puis il y a le sentiment amoureux, bien trop souvent accolé à l’attirance sexuelle. Etre amoureux pour moi, c’est avoir ce besoin d’être avec l’autre, ces papillons dans le ventre, cette tristesse quand on ne voit pas l’autre. Puis il y a l’amour, qui est très proche et peut se mêler. ça dure, c’est profond. Parfois intense quand la passion s’y mêle. Mais il est bien difficile parfois de connaître réellement la véritable nature des sentiments.

L’amour, réservé aux adultes ?

Qu’on puisse sourire devant deux enfants de 3 ans qui se font un câlin, évidemment que je trouve ça normal. Pour le moment les sentiments se mêlent, l’amitié naît doucement…à cet âge bien souvent les enfants n’ont pas encore totalement défusionné d’avec la relation parentale, même si il y a peut-être des exceptions, je ne suis pas une experte.

Mais progressivement, je dirais à partir de 6 ans (je précise que je parle à 99% de mon expérience personnelle, chaque personne est différente et on peut bien sûr ne jamais avoir ressenti cela à 20 ans. Oui ça existe et c’est tout à fait acceptable également, je n’appelle pas au jugement), le sentiment amoureux prend de l’ampleur. D’abord on trouve la personne à nôtre goût physiquement, ou alors on aime jouer avec elle, on se trouve des points communs… Et je peux clairement vous dire de ma propre expérience que OUI on peut être amoureux et ressentir quelque chose de très fort, et se faire très mal très tôt.

L’incidence de notre culture ?

Disney, les contes, les histoires d’amour…peut-être que ça joue, c’est sûr. Les enfants, garçons comme filles (même si il faut avouer que c’est souvent l’apanage des filles vu qu’on les fait baigner dedans…), peuvent alors avoir le fantasme d’une jolie relation avec autrui. Pas nécessairement physique, mais trouver un camarade privilégié avec lequel jouer davantage, pour lequel on sera plus qu’une simple copine de classe. Et, déjà, ce type de sentiment non partagé peut faire très mal. Vraiment. Te prendre aux tripes, te sortir de tes jeux d’enfants et t’emmener trop vite dans le monde des grands. Tu ne choisis pas, ça vient comme ça.

MON expérience (longue attention :p)

C’est le genre de sujet dont on ne peut parler qu’à travers sa propre vie. Justement parce que nous ne sommes pas dans la tête de nos enfants. Un enfant peut parler de chagrin d’amour sans que ce soit sérieux pour lui, et un autre peut vraiment en souffrir. Et croyez moi, cet air dédaigneux que les adultes prennent pour signifier « ah ah tu es bien trop petit pour ressentir ça », il peut faire des ravages. Un enfant est un adulte en devenir ne l’oubliez jamais. Vous ne savez jamais quel est en vrai le degré de maturité ou de sensibilité d’un enfant et son rapport aux choses. Alors si l’empathie sur ce genre de sujet n’est pas votre fort, écoutez-le, tout simplement, mais ne vous moquez pas. C’est comme les parents d’un enfant qui se moquent quand il dit qu’il est harcelé. On sait où ça peut mener.

Bref, revenons à nos moutons. Autant sur pas mal de trucs je n’étais pas en avance. Mais sur le plan émotionnel et de l’échange, je pense sans me vanter que je ne faisais pas mon âge. Je lisais beaucoup et très tôt des livres de littérature classique, j’avais beaucoup de discussion…Enfant unique, je m’inventais un monde. Un monde très romantique, pas idéalisé mais très romanesque. Comme quasiment tous les enfants j’ai commencé par dire qu’untel dans ma classe était beau. Puis il y a eu les sentiments, les vrais. Ces longs mois où je rêvais de l’élu de mon cœur, où je me voyais le sauver d’un péril et ainsi gagner son affection. Sans rien de charnel, c’était purement mental. Puis vers la 6ème le physique est arrivé, l’envie d’un baiser, de toucher sa main, qu’il me prenne dans ses bras. Mon physique ingrat et ma timidité ont renforcé ce sentiment inaccessibilité qui me faisait réellement souffrir et me faisait envisager un avenir seule. Oui ça prend beaucoup d’ampleur à cet âge et je ne vois pas pourquoi on devrait banaliser ça. Même moi en repensant à la moi de l’époque (#20yearschallenge) je trouverais ça presque ridicule. Mais non, je me souviens de ma peine, de mes heures à écouter du Céline Dion en rêvant ou en pleurant. Du manque qui fait mal au bide. Tous les enfants ne connaissent pas ça bien sûr, mais moi j’ai connu et j’ai détesté de toutes mes forces cette partie de ma personnalité. Mais comme tout trait de caractère, on ne peut rien y faire. Et ce n’est pas le rire méprisant de ma mère ou le ricanement de ma grand-mère qui m’ont fait changer, bien au contraire.

Alors pour dédramatiser la chose et pour vous faire marrer un peu, je reprend le fil des garçons qui ont compté à cet âge où je n’aurais du m’intéresser qu’à mes poupées. Et rien que le fait que je me souvienne de tant de détail vous en donne la preuve (coucou les mecs si vous passez là, génance puissance 1000 mais il y a prescription). Entre ceux là il y en a eu de passage dans mon cœur d’artichaut, mais justement qui comptaient plutôt pour de petites amourettes d’enfant.

  • Rodolphe : je ne donne évidemment pas de noms de famille :p. Surtout que je les ai presque tous dans mon facebook ou Insta. Donc Rodolphe même ma grand-mère s’en souvient car elle parlait beaucoup avec sa mère à la sortie de l’école. Nous étions en CE2, nous aimions tous les deux écouter les 2BE3 et manger de la pizza. J’étais amoureuse, vraiment. Je me souviens encore, 20 ans plus tard, de son adresse de l’époque que j’avais apprise par cœur. Pas de souffrance à ce niveau mais un fort sentiment d’aimer beaucoup ce garçon.
  • Maurin : CM2. Là…on attaque le nerf de la guerre. Je ne sais pas si c’était de l’amour, mais je ne pensais qu’à lui. Je l’avais invité à mon anniversaire, je n’étais pas bien si il était absent, je me faisais belle autant que faire se peut pour lui. Et on s’entendait très bien, on se plaçait souvent à côté en classe. Puis il m’a dit en fin d’année scolaire qu’il partait vivre à l’étranger. Je peux vous dire que j’ai chialé…bien chialé…et j’ai fait mon premier délire amoureux, à savoir une lettre pour avouer mes sentiments. Il ne m’a jamais répondu, j’en ai déduis que ce n’étais pas réciproque…il est parti en juin et revenu une journée à l’école en novembre vu que son meilleur ami était toujours là. Nous étions désormais en 6ème et lors de cette journée j’étais toujours très amoureuse, l’été n’avait pas su effacer ma tristesse…et la journée l’a ravivé, surtout qu’il me cherchait beaucoup du regard. ça restera une énigme. En faisant cet article je l’ai facebooké (création de mot bonjour), marrant de voir ce qu’il est devenu. Il est à Paris maintenant.
  • Jonathan : là je peux dire qu’on est dans le syndrome de Stockholm lol. J’étais en 4ème et ce mec m’avait fait la misère pendant presque 2 ans, je le détestais. Il était l’une des personnes à l’origine de mon harcèlement scolaire. Puis un jour, je suis devenue copine avec sa meilleure amie et il a changé…je l’ai découvert mieux, lui aussi et on s’entendait bien. J’en suis devenue folle, vraiment. Je ne parlais que de lui avec sa pote, et elle de son côté me parlait d’un mec d’une autre école. Alors qu’elle me conseillait de tout lui avouer, lui aussi est parti (décidément) et je ne l’ai plus jamais revu.
  • Jonathan 2 : En vacances à 14 ans, mes parents m’avaient mis au club ado…j’y ai rencontré un mec de 19 ans du même prénom qui ne me traitait pas comme une gamine, et on sait à quel point ça compte à cet âge. Pareil, je suis tombée raide amoureuse. Il ne s’est rien passé mais il m’a filé son numéro de téléphone, les portables devenaient plus courants. Je vous passe les horribles vacances que j’ai fait passer à mes parents le reste du mois, à déprimer sur cet amour qui ne se concrétiserait jamais. Puis en septembre, il est venu me voir dans ma ville. J’ai eu droit au premier baiser de ma vie (joie intense), suivi dans les 2h suivantes d’un retour de bâton qui voulait surement me montrer que les relations amoureuses n’étaient pas que bisounours et qu’il faudrait s’y habituer. En effet après ce bisou le dit Jonathan a voulu commencer à me tripoter, et quand j’ai dit que je n’étais pas prête, il a prétexté un appel de ses parents et je ne l’ai plus jamais revu ou entendu au téléphone. Alors là je peux dire que j’ai bien morflé comme il faut. Parce qu’en grande romantique qui avait attendu le premier baiser des années…bref…
  • D : Je me dois de volontairement cacher son prénom car, même si il a un nom de scène maintenant, on pourrait faire le lien vite et vu que le dit-jeune homme est connu du grand public et a apparemment une vie bien remplie sur tous les plans, je ne souhaite pas lui faire de tord pour un article de blog. Mais en gros, ce fut ma première rencontre Internet à 15 ans, sur Caramail. ça a duré quelques mois mais on était très amoureux et il venait souvent à la maison (la condition de ses parents comme des miens était qu’ils sachent toujours où on était, à partir de là on faisait ce qu’on voulait). Le premier « je t’aime ». ça aussi c’était une étape. Alors on peut se dire qu’à 15 ans ça veut rien dire, mais je me souviens très bien et je sais que je le pensais pleinement, même si ça n’a pas duré, et je vous avoue ne pas bien me souvenir du pourquoi :s.
  • Gilles : Nous finirons par le premier qui a duré. A 16 ans, 9 mois c’est long. On était aussi très amoureux et on se projetait plus tard ensemble. Mais il était d’une autre confession religieuse, je ne l’étais pas. Qu’on ne me fasse pas de remarque là dessus genre « mais c’était peut-être autre chose qui a fait que ça n’a pas marché », non non. Sa mère a été très claire et j’ai encore en tête cette discussion où elle m’expliquait que notre couple n’avait pas d’avenir car je n’étais pas comme eux. Mais bon au final ça n’a pas été plus mal pour lui comme pour moi, même si mon journal intime (le vestige le truc :p) est témoin de la loque que j’ai été pendant quelques mois.

On va s’arrêter là car je considère que les relations d’après étaient des relations adulte. On peut se dire que non à 17 ans mais vu que ça a duré 3 ans je considère que si. Et là aussi j’ai bien morflé mais à partir de cet âge on m’a moins considéré comme une idiote quand ça m’arrivait. Et surtout ça arrivait désormais à tous mes amis.

Tout ça pour dire que les sentiments peuvent être véritables quelque soit l’âge et qu’il faut arrêter de penser les enfants comme des êtres qui ne pensent qu’à manger des gâteaux et jouer. Malheureusement (ou heureusement, je ne sais pas trop), ce n’est pas le cas. Et le mieux pour accompagner un enfant qui a un chagrin d’amour n’est pas forcément de le traiter comme un adulte selon moi, mais de l’accompagner. Comprendre sa peine. Les « oh y’en aura plein d’autres » ou « pense à l’école », ça vous soulage peut-être vous, mais ça marche pas. On peut toujours nier et le pousser à ne penser qu’à l’école parce que « c’est de son âge », mais le fond du problème ne sera pas réglé.

Maman en Chantier

Ps : je doute que beaucoup lisent ce roman jusqu’à la fin mais je voudrais vous rassurer, dans mon entourage je suis la seule a avoir été amoureuse si tôt :p à bon entendeur.

Ps : votre avis m’intéresse évidemment, que ce soit en lien avec votre propre expérience ou celle que vous observez chez vos enfants !

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12 commentaires sur « Un enfant peut-il vraiment être amoureux ? »

  1. Coucou je me retrouve pleinement dans to témoignage.
    Premier amour important à 3 ans il a déménagé mais j’ai continué de penser à lui jusqu’en CM2.

    Et je vois bien que mon fils est comme moi il a eu son premier chagrin d’amour l’année dernière donc à 6ans et demi et il pense encore à elle… j’essaie de l’accompagner comme je peux mais pas facile pour des hypersensible comme nous 😉

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    1. C’est ça….les gens ne comprennent pas ce côté hypersensible et SURTOUT, malgré les avancées de ce siècle, on est toujours dans une société où l’idée de l’enfant ne compte pas. ah ça niveau marketing il compte l’enfant pas de soucis. mais niveau intelligence et sentiments, on ne les valorise qu’en mode « bête de foire » genre « oh le mien compte jusqu’à 18000 à 6 mois ». Mais pas au niveau de la sensibilité, et pourtant que de génies étaient hypersensibles très tôt…

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  2. J’ai aussi été amoureuse à l’école primaire, vers le CE1 je crois. C’est quelqu’un que j’ai apprécié longtemps car on était ensemble puis plus puis à nouveau… Il habitait en face de chez moi donc on se voyait très souvent! Mais je dois avouer qu’une fois qu’on a été séparé par la vie, même si je pensais encore bien à lui, je suis vite passée à autre chose 🙂

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  3. Et bien figure toi que je suis dans le même cas que toi, et je suis super attentives aux petites histoires d’amour de mon fils de … 4 ans ! Il y a déjà plein d’histoires d’un tel qui est amoureux d’une telle (ce qui est drôle c’est qu’à cet âge ils sont amoureux à plusieurs, filles, garçons… pas de différence et je trouve ça génial !). Bref je ne prends pas ça à la légère, au contraire, je ne veux pas qu’il ait l’impression que l’on méprise sa capacité d’attachement !
    Et en ce qui concerne mes amours d’enfance, j’ai des souvenirs qui remontent à la grande section ! Je me souviens parfaitement du prénom et de la tête de mon amoureux de l’époque, et aussi d’avoir échangé un baiser sur la bouche s’il te plait 😉 avec un autre (ce qui m’a d’ailleurs valu d’attraper les oreillons, l’occasion de me rendre compte si tôt que l’amour peut aussi faire mal ;-))
    Bref merci pour cet article rafraichissant et qui souligne l’importance de ne pas se moquer des sentiments des enfants !

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    1. je t’avoue que ton commentaire me fait du bien et me rappelle que j’ai aussi eu un petit copain en grande section, pareil bisou sur la bouche mais je ne me souviens pas avoir été triste en le quittant c’est déjà ça… tu vois là déjà fiston va bientôt quitter sa nounou (il va avoir 3 ans et rentre à l’école en septembre) et quand je vois la complicité qu’il a avec l’autre petite fille (ce matin encore elle a hurlé de bonheur en le voyant, ils se tiennent la main, elle lui met ses chaussons le matin et lui enlève le soir) ça me rend déjà triste…
      ils ont déjà très jeunes un grand monde intérieur et c’est super de le respecter 🙂

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  4. Pour ma part, même en pensant à ma propre expérience, je n’ai toujours vécu ces sentiments à l’âge enfant/ado que comme des amourettes, comme si quelque part je n’y croyais pas tellement moi même, ou comme si je voulais juste faire comme les autres. Mais je reste convaincue que tu as raison, ça dépend des gens, des histoires, des sensibilités, et ça ne doit pas être ni montré du doigt ni minimisé. C’est comme ça, c’est tout…c’est un droit, d’être sentimental, un trait de personnalité plus ou moins marqué mais absolument pas honteux.
    Et puis bon – tu aiguises notre curiosité avec ton amoureux célèbre et mystérieux ;o)!

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    1. c’est marrant justement comme on est tous différents. moi je voyais les choses à long terme, c’était parfois de l’ordre de l’amour impossible qui marque à vie genre Roméo et Juliette. Et sincèrement j’aurais aimé ne pas avoir ce trait de caractère… :p
      Hi hi pour l’amoureux si ça t’intéresse vraiment je peux te le dire en MP sur Instagram. Je veux juste pas qu’un jour on passe sur mon article et que ça soit repris genre « Untel a eu plein de conquêtes avant d’être célèbre » lol

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  5. Ah que l’amour est compliqué, à vivre et à expliquer. Vu de mes 71 ans tout ça est bien loin mais il me semble bien, en primaire, avoir été amoureuse d’un garçon plus vieux que moi. Puis jeune mariée raide dingue d’un collègue de travail ! Ils ne l’ont jamais su. Dure à vivre cette situation. J’ai eu à consoler mes enfants lors de leur chagrins d’amour, il faut trouver les bons mots, ceux qui correspondent à chacun. Il parait que je suis douée pour ça !

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